Lieu noir

Vernissage de l'exposition dAurélie Menaldo...

Lautréamont peut-être

On dit qu'il s'agit de l'ancienne billetterie, il semble que ce soit aussi une armoire électrique. Cela ressemble à une version préhistorique de panneaux JCDecaux, une barrière antibruit réduite, le socle d'une sculpture absente (et plate). C'est en tous les cas un repère pour parquer les vélos et un support pour la publicité permanente des Bains. L'édicule est aussi un support d'images : il fonctionne alors comme cadre, comme miroir, comme découpage (car il y a neuf parties). A force de changements, c'est presque une galerie d'art en plein air, comme d'autres équipements sur les quais voisins.

Mais aujourd'hui c'est un aquarium. Personne n'avait vu que l'objet était vide, muni de vitres, rempli d'une eau sombre et contenant un animal sous-marin. Aurélie Menaldo a gratté la surface et découvert un contenu inédit : un Lieu noir dans un lieu noir. Si les photographies précédentes convoquaient d'autres espaces, réels ou picturaux, Aurélie sculpte dans le bloc et fait surgir une bête en couleurs avec des reflets brillants, rien de sombre.

Ces formes et ces couleurs nous rappellent bien quelques objets familiers, mais c'est d'abord la chimère qu'il faut voir, un être hybride un peu robot, avec de la vie dans les couleurs de la tête, et des arêtes dans la queue. Une chimère incluse objectivement dans le volume géométrique de ce nouvel « aquarium », comme elle est incluse dans notre imaginaire profond : qui de nous n'a jamais admiré la rencontre fortuite d'une machine à coudre et d'un parapluie…

Jean Stern